Historique de
SAINT-VICTOR DE GENÈVE
par Catherine Santschi (Btm 4994)

Saint-Victor

  Situation : canton et commune de Genève.

  Diocèse :   Genève.

  Nom :  ecclesia beatissimi Victoris martyris   (début du XIe s.)
              ecclesia sancti Victoris Martyris        (1055)
              monasterium Sancti Victoris martyris (1075)
              altare beati Victoris et monachi ibi deo assidue famulantes (1093)
              beatus Victormartyr et fratres in monasterio eodem Deo servientes quod est stium in suburbio genevensis urbis (1099)
              Sanctus Victor (1124)
              monachi sancti Victoris de Gebenna (milieu du XIIesiècle)
              prior et capitulum Sancti Victoris (1196)
              prior Sancti Victoris Gebenne et fratres eiusdem domus
        ou prior et domus Sancti Victoris
        ou domus Sancti Victoris     (1201)
              prioratus Sancti Victoris (1220)
              prior Sancti Victoris Gebennensis et totus conventus eiusdem ecclesie(1227)
              prior et conventus Sancti Victoris Gebennensis (1284)
              religiosi Sancti Victoris (1316)
              prior prioratus seu monasterii S. Victoris Gebennensis nomine suo et monasterii predicti et conventus dicti loci (1318)
              prioratus de Sain Veytour (1320)
              prioratus Sancti Victoris extra muros civitatis Gebenn. Clugniacensis ordinis (1368)

  Patron : saint Victor, sans doute d'abord saint Victor de Syrie, puis très tôt saint Victor, soldat de la légion thébaine;
                au IX siècle, les saint Ours et Vincent, également martyrs thébains, sont aussi invoqués.

  Fondation : église fondée à la fin du Ve siècle, remise à Cluny peut après l'an 1000.

  Province : Provincia.

  Qualité : prieuré conventuel.

  Prieurés dépendants : Russin, Vaulx, Draillant, Bonneguête, Sainte Hélène.

  Suppression : 1534, destruction du prieuré à Genève;
                        1573, attribution de ses revenus à l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare;
                        1759, union du bénéfice à l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare.
 
 

L'histoire:
  Les origines : A a fin du Ve siècle, la princesse burgonde catholique Sedeleuba, ou Sideleuba, fille de Chilpéric et soeur de la célèbre Clotilde, fonde dans le faubourg de Genève une église dédiée à Saint-Victor. Comme Sédeleube prit par la suite le voile sous le nom de Charona on est en droit de penser que le saint Victor auquel allait sa dévotion est un saint syrien, dont le nom est lié à celui d'une martyre du nom de Corona. Mais dès la conversion au catholicisme du chef de la famille royale burgonde, Sigismond, cousin germain de Sédeleube, conversion marquée par la fondation de l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune en 515 et liée de diverses manières au culte des martyrs thébains, on admit que le véritable dédicataire de l'église était le saint Victor martyrisé à Soleure en compagnie de saint Ours, compté déjà aux alentours de 400 par Eucher de Lyon au nombre des membres de la légion thébaine. Ainsi, en 602, les reliques de saint Victor sont révélées en songe à Æconius, évêque de Maurienne, qui en compagnie des évêques Rusticius et Patricius, les découvre dans un coffre d'argent au milieu de l'église fondée par Sédeleube. A la suite de cette découverte, et des miracles opérés par les reliques, le rois Thierry II accorde de grands biens à cette église, et confirme les dotations qui lui ont été faites par Warnacharius, son maire du palais, mort trois ans auparavant.
         Une inscription funéraire en distiques élégiaques dédiée à l'évêque de Genève Ansegisus (attesté en 877), conservée depuis la destruction du prieuré en 1534 et décrite pour la première fois par François Bonivard, le dernier prieur de Saint-Victor, de même qu'une inscription funéraire dédiée à "Ægioldus praepositus et presbyter", trouvée entre 1678 et 1730 "dans le cimetière de S. Victor", aujourd'hui perdue, donnent à penser que Saint-Victor fut à l'époque carolingienne une importante basilique funéraire.

  La dontion à Cluny : L'attention est à nouveau attirée sur Saint-Victor à la fin du deuxième royaume de Bourgogne. L'impératrice Adélaïde,venue à Genève quelque temps avant sa mort (999), entra dans l'église pour y prier et exprima le voeu que ce lieu fût confié à la disipline monastique et chargea l'évêque de Genève Hugo (993-1020) d'œ uvrer dans ce sens. Celui-ci, ayant retrouvé peu après des reliques de saint-Victor cachées dans un reliquaaire d'argent, sous la terre, les fit élever le jour de la fête du saint, en présence du roi Rodolphe III et de la reine Agiltrudis (mortte vers 1009), "au milieu d'un grand concours d'évêques et de comtes et d'autres religieux et nobles" et décida de les placer sous l'autel de la basilique. Jugeant toutefois que l'église n'avait pas les moyens de vivre en abbaye indépendante et d'entretenir seule ses moines, il la remit àOdilon, abbé de Cluny, et à ses successeurs, avec la permission du roi Rodolphe III et de son frère l'archevêque Burchardus de Lyon. La charte qui en conserve la mémoire n'est pas datée, mais les fraits remontent au plus tôt au 30 septembre 1000 (première fête de Saint-Victor après la mort de l'impératrice Adélaïde), et doivent être antérieurs à la mort de la reine Agriltrude.

  Saint-Victor prieuré clunisien : Les débuts du nouvel établissement, l'instalation des moines, sont mal connus. On sait seulement que l'abbé Odilon laissa l'église dans son état antérieur et qu'il construisit ou reconstruisit tous les autres bâtiments conventuels. Il serait venu très fréquemment à Genève, au moins à l'occasion des visites attestées à Payerne et à Romain-môtier, ainsi que des voyages à Rome.
         Le 11 juin 1055, le pape Victor II confirme à l'abbé Hugues de Cluny la possession de toutes les églises rattachées à l'abbaye, et ratifie en particulier l'accord intervenu un demi-siècle plus tôt au sujet de l'église Saint-Victor entre Odilon et l'évêque Hugues de Genève avec l'approbation du roi Rodolphe III et de l'impératrice Adélaïde. Cette disposition est reprie sans changement dans la bulle d'Etienne IX du 6 mars 1058 confirmant au même abbé Hugues les possessions de Cluny. Tous les privilèges pontificaux ultérieurs mentionnent l'appartenance à Cluny de SaintVictor, qui porte dès le 9 décembre 1075 le titre de "monasterium" et le 2 juin 1109 celui de "prioratus".
         Le premier prieur connu est Acelinus (avant 1093), qui organisa l'égliseparoissiale de Saint-Victor, sans doute en concurrence avec la paroisse de la cathédrale, puisqu'en 1099, un accord doit être conclu entre Saint-Victor et les chanoines de Saint-Pierre, par lequel notament l'église paroissiale de Saint-Victor peut subsister, moyennant quelques dédommagements.
         A la fin du XIe et au XIIe siècle, les prieurs paraissent encore dépendre étroitement de Cluny : lla longue série de donations et de confirmations faites à Saint-Victor par l'évêque de Genève Guido de Faucigny aux alentour des années 1093 ´ 1099 est accordée d'abord à Cluny, ensuite Saint-Victor, "où Tigrinus est prieur". Au milieux du XIIe siècle, peu après la fondation de l'abbaye de Bonmont, c'est l'abbé de Cluny Pierre le Vénérable qui dispose en faveur de l'ordre de Cîteaux, ou plutôt de siant Bernard de Clairvaux, de l'église de Chéserex qui se trouve, dit-il, "ad custodiam et possessionem monachorum nostrorum Sancti Victoris de Gebenna", il est vrai avec l'accord des moines, mais sans faire aucune mention du prieur; quant aux églises de Vaulx et d'Hauteville-sur-Fier, données en compensation par l'évêque Ardutius de Genève, elles sont remises à l'abbé de Cluny et non directement aux moines de Saint-Victor.
Pourtant Saint-Victor, à l'instar des autres prieurés clunisiens, affirme peu ´ peu une certaine autonomie: le sceau du prieuré est mentionné pour la première fois dans une charte de 1216. Un acte du 4 juillet 1260 annonce les sigilla du comte de Genève, du prieur et du couvent. Comme il s'agit d'un vidimus, on ne peut toutefois savoir si le prieur avait un sceau distinct de celui du couvent. Le premier exemplaire conservé du sceau de Saint-Victor pend à un acte de janvier 1274 (vieux style). Il représente le saint portant sa tête, entouré de l'inscription "S.SCI.VICTORIS GEBENNENSIS". Il sera en usage jusqu'´ la suppression du prieuré. Quand aux sceaux des prieurs, le plus ancien connu est celui de Henri de Pelly.
         Bien que l'endettement considérable de Saint-Victor au début du XIVe siècle cause à l'Ordre des soucis qui vont croissant, et que le prieur ne puisse contracter d'empreint sans l'autorisation de l'abbé de Cluny, les prieurs de Saint-Victor occupent, à la fin du XIIIe et au XIVe siècle, une place importante dans la hiérarchie de l'Ordre. Le prieur de Saint-Victor est définiteur au chapitre général de 1294, 1329, 1336, 1356, 1369, 1375, 1396, 1432, 1449 et 1459. Il est visiteur de l'abbaye de Cluny en 1383, 1385, 1397, 1429 et en 1432.
         Les guerres féodales du début du XIVe siècle dans la région de Genève, particulièrement les conflits entre le comte de Genève, le comte de Savoie et l'évêque, qui ont empêché plus d'une fois les visiteurs de l'ordre de Cluny d'arriver j'usqu'à Saint-Victor, n'ont pas vraiment distendu les liens entre Cluny et le prieuré de Genève. C'est bien plutôt l'intervention des papes d'Avignon dans les affaires de l'Ordre, qui menace l'indépendance de Cluny, et surtout le Grand Schisme, où Clément VII, puis Benoît XIII donnent le prieuré en commende à des séculiers qui leur sont dévoués, qui favorisent les forces centrifuges à Saint-Victor. En particulier à l'époque de Jean de Brogny (prieur commendataire de 1399 à 1423), lavie religieuse et matérielle du couvent est pitoyable, le prieur n'assiste pas au Chapitre général, et les définiteurs de l'Ordres décident même, le 16 avril 1402, d'écrire au comte de Savoie pour qu'il prenne en main les revenus du prieuré afin d'effectuer les réparations nécessaires.
         Bien que ce genre de mesure ait contribué efficacement à faire tomber Saint-Victor dans la dépendance de la maison de Savoie, les choses s'améliorent d'abord sous le priorat d'Amédée de Charansonnex (1424-1443), véritable prieur conventuel, qui réside au prieuré et assure la liaison avec Cluny et sous Jean de Grolée (1445-1459), qui, bien que commndataire, est louéen 1454 par le Chapitre général pour son administration.
         En revanche les trois prieurs commendataires issus de la famille Bonivard, Urbain (1458-1483) Jean-Amé (1483-1514) et son neveu François (1514-1519), nommés par le pape sur la recommanfation des ducs de Savoie à la clientèle desquels ils appartenaient, n'ont eu que des relations épisodique et plutôt mauvaises avec Cluny. Le 5 mai 1506, la pitance de truite due par le prieuré Saint-Victor à l'abbaye de Cluny pour le jour de Noël, qui n'est pas fournie ou qui arrive pourrie, est remplacée par une redevance en argent de 10 livres tournois. Cet acte, qui est le dernier document d'une relation entre Cluny et Saint-Victor, montre bien la distance qui s'est établie entre les abbés de Cluny et les prieurs de Saint-Victor.
         Au début du XVIe siècle, et à la veille de la Réforme, où le prieuré devient, à cause de son prestige et de sa situation aux portes de Genève,le jouet des luttes entre le duc de Savoie et la communauté des citoyens, la relation avec Cluny paraît totalement oubliée.Tandis que le pape, sur la recommandation du duc de Savoie, attribue Saint-Victor à Leonardo Tornabuoni, évêque de Borgo San Sepolcro, François Bonivard, qui l'a résigné sous la contrainte et se juge dépouillé de son bien, s'adresse en 1527 à l'évêque de Genève Pierre de La Baume, qui a besoin d'appui, pour se faire restituer le prieuré. Ignorant et Cluny et le pape, l'évêque recommande à la communauté des bourgeois de remettre Bonivard en possession de son bénéfice. Quant à Bonivard, il justifie les démarches qu'il a faites pour récupérer Saint-Victor et les revenus du prieuré par le "droit des gens ou humain", estimant en tant que vassal du duc de Savoie avoir été victime d'un déni de justice, et ajoute "Ce que je feiz et tant par ce droict comme aussi que anciennement toute la terre de Sainct Victor estoit subjecte au prelat en droict royal, aussi bien que Genève, sans recognoistre ny aux Contes de Genève ny a ceulx de Savoye, mais ilz avoient usurpé dessus souveraineté", ce qui est la négation même de l'appartenance à l'ordre de Cluny.

pour la suite (La dotation de Saint-Victor)

source: Saint-Victor de Genève par Catherine Santschi (Btm 4994)



 

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