
Situation : canton et commune de Genève.
Nom : ecclesia beatissimi Victoris
martyris (début du XIe s.)
ecclesia sancti Victoris Martyris
(1055)
monasterium Sancti Victoris martyris (1075)
altare beati Victoris et monachi ibi deo assidue famulantes (1093)
beatus Victormartyr et fratres in monasterio eodem Deo servientes quod
est stium in suburbio genevensis urbis (1099)
Sanctus Victor (1124)
monachi sancti Victoris de Gebenna (milieu du XIIesiècle)
prior et capitulum Sancti Victoris (1196)
prior Sancti Victoris Gebenne et fratres eiusdem domus
ou prior et domus Sancti
Victoris
ou domus Sancti Victoris
(1201)
prioratus Sancti Victoris (1220)
prior Sancti Victoris Gebennensis et totus conventus eiusdem ecclesie(1227)
prior et conventus Sancti Victoris Gebennensis (1284)
religiosi Sancti Victoris (1316)
prior prioratus seu monasterii S. Victoris Gebennensis nomine suo et monasterii
predicti et conventus dicti loci (1318)
prioratus de Sain Veytour (1320)
prioratus Sancti Victoris extra muros civitatis Gebenn. Clugniacensis ordinis
(1368)
Patron : saint Victor, sans doute
d'abord saint Victor de Syrie, puis très tôt saint Victor,
soldat de la légion thébaine;
au IX siècle, les saint Ours et Vincent, également martyrs
thébains, sont aussi invoqués.
Fondation : église fondée à la fin du Ve siècle, remise à Cluny peut après l'an 1000.
Prieurés dépendants : Russin, Vaulx, Draillant, Bonneguête, Sainte Hélène.
Suppression : 1534, destruction
du prieuré à Genève;
1573, attribution de ses revenus à l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare;
1759, union du bénéfice à l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare.
L'histoire:
Les origines : A a fin du Ve
siècle, la princesse burgonde catholique Sedeleuba, ou Sideleuba,
fille de Chilpéric et soeur de la célèbre Clotilde,
fonde dans le faubourg de Genève une église dédiée
à Saint-Victor. Comme Sédeleube prit par la suite le voile
sous le nom de Charona on est en droit de penser que le saint Victor auquel
allait sa dévotion est un saint syrien, dont le nom est lié
à celui d'une martyre du nom de Corona. Mais dès la conversion
au catholicisme du chef de la famille royale burgonde, Sigismond, cousin
germain de Sédeleube, conversion marquée par la fondation
de l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune en 515 et liée de diverses
manières au culte des martyrs thébains, on admit que le véritable
dédicataire de l'église était le saint Victor martyrisé
à Soleure en compagnie de saint Ours, compté déjà
aux alentours de 400 par Eucher de Lyon au nombre des membres de la légion
thébaine.
Ainsi, en 602, les reliques de saint Victor sont révélées
en songe à Æconius, évêque de Maurienne, qui
en compagnie des évêques Rusticius et Patricius, les découvre
dans un coffre d'argent au milieu de l'église fondée par
Sédeleube. A la suite de cette découverte, et des miracles
opérés par les reliques, le rois Thierry II accorde de grands
biens à cette église, et confirme les dotations qui lui ont
été faites par Warnacharius, son maire du palais, mort trois
ans auparavant.
Une inscription funéraire
en distiques élégiaques dédiée à l'évêque
de Genève Ansegisus (attesté en 877), conservée depuis
la destruction du prieuré en 1534 et décrite pour la première
fois par François Bonivard, le dernier prieur de Saint-Victor, de
même qu'une inscription funéraire dédiée à
"Ægioldus praepositus et presbyter", trouvée entre 1678 et
1730 "dans le cimetière de S. Victor", aujourd'hui perdue, donnent
à penser que Saint-Victor fut à l'époque carolingienne
une importante basilique funéraire.
La dontion à Cluny : L'attention est à nouveau attirée sur Saint-Victor à la fin du deuxième royaume de Bourgogne. L'impératrice Adélaïde,venue à Genève quelque temps avant sa mort (999), entra dans l'église pour y prier et exprima le voeu que ce lieu fût confié à la disipline monastique et chargea l'évêque de Genève Hugo (993-1020) d'œ uvrer dans ce sens. Celui-ci, ayant retrouvé peu après des reliques de saint-Victor cachées dans un reliquaaire d'argent, sous la terre, les fit élever le jour de la fête du saint, en présence du roi Rodolphe III et de la reine Agiltrudis (mortte vers 1009), "au milieu d'un grand concours d'évêques et de comtes et d'autres religieux et nobles" et décida de les placer sous l'autel de la basilique. Jugeant toutefois que l'église n'avait pas les moyens de vivre en abbaye indépendante et d'entretenir seule ses moines, il la remit àOdilon, abbé de Cluny, et à ses successeurs, avec la permission du roi Rodolphe III et de son frère l'archevêque Burchardus de Lyon. La charte qui en conserve la mémoire n'est pas datée, mais les fraits remontent au plus tôt au 30 septembre 1000 (première fête de Saint-Victor après la mort de l'impératrice Adélaïde), et doivent être antérieurs à la mort de la reine Agriltrude.
Saint-Victor prieuré clunisien
: Les débuts du nouvel établissement, l'instalation des moines,
sont mal connus. On sait seulement que l'abbé Odilon laissa l'église
dans son état antérieur et qu'il construisit ou reconstruisit
tous les autres bâtiments conventuels. Il serait venu très
fréquemment à Genève, au moins à l'occasion
des visites attestées à Payerne et à Romain-môtier,
ainsi que des voyages à Rome.
Le 11 juin 1055, le
pape Victor II confirme à l'abbé Hugues de Cluny la possession
de toutes les églises rattachées à l'abbaye, et ratifie
en particulier l'accord intervenu un demi-siècle plus tôt
au sujet de l'église Saint-Victor entre Odilon et l'évêque
Hugues de Genève avec l'approbation du roi Rodolphe III et de l'impératrice
Adélaïde. Cette disposition est reprie sans changement dans
la bulle d'Etienne IX du 6 mars 1058 confirmant au même abbé
Hugues les possessions de Cluny. Tous les privilèges pontificaux
ultérieurs mentionnent l'appartenance à Cluny de SaintVictor,
qui porte dès le 9 décembre 1075 le titre de "monasterium"
et le 2 juin 1109 celui de "prioratus".
Le premier prieur connu
est Acelinus (avant 1093), qui organisa l'égliseparoissiale de Saint-Victor,
sans doute en concurrence avec la paroisse de la cathédrale, puisqu'en
1099, un accord doit être conclu entre Saint-Victor et les chanoines
de Saint-Pierre, par lequel notament l'église paroissiale de Saint-Victor
peut subsister, moyennant quelques dédommagements.
A la fin du XIe
et au XIIe siècle, les prieurs paraissent encore dépendre
étroitement de Cluny : lla longue série de donations et de
confirmations faites à Saint-Victor par l'évêque de
Genève Guido de Faucigny aux alentour des années 1093 ´
1099 est accordée d'abord à Cluny, ensuite Saint-Victor,
"où Tigrinus est prieur". Au milieux du XIIe siècle,
peu après la fondation de l'abbaye de Bonmont, c'est l'abbé
de Cluny Pierre le Vénérable qui dispose en faveur de l'ordre
de Cîteaux, ou plutôt de siant Bernard de Clairvaux, de l'église
de Chéserex qui se trouve, dit-il, "ad custodiam et possessionem
monachorum nostrorum Sancti Victoris de Gebenna", il est vrai avec l'accord
des moines, mais sans faire aucune mention du prieur; quant aux églises
de Vaulx et d'Hauteville-sur-Fier, données en compensation par l'évêque
Ardutius de Genève, elles sont remises à l'abbé de
Cluny et non directement aux moines de Saint-Victor.
Pourtant Saint-Victor, à l'instar des autres
prieurés clunisiens, affirme peu ´ peu une certaine autonomie:
le sceau du prieuré est mentionné pour la première
fois dans une charte de 1216. Un acte du 4 juillet 1260 annonce les sigilla
du comte de Genève, du prieur et du couvent. Comme il s'agit d'un
vidimus, on ne peut toutefois savoir si le prieur avait un sceau distinct
de celui du couvent. Le premier exemplaire conservé du
sceau
de Saint-Victor pend à un acte de janvier 1274 (vieux style).
Il représente le saint portant sa tête, entouré de
l'inscription "S.SCI.VICTORIS GEBENNENSIS". Il sera en usage jusqu'´
la suppression du prieuré. Quand aux sceaux des prieurs, le plus
ancien connu est celui de Henri de Pelly.
Bien que l'endettement
considérable de Saint-Victor au début du XIVe
siècle cause à l'Ordre des soucis qui vont croissant, et
que le prieur ne puisse contracter d'empreint sans l'autorisation de l'abbé
de Cluny, les prieurs de Saint-Victor occupent, à la fin du XIIIe
et au XIVe siècle, une place importante dans la hiérarchie
de l'Ordre. Le prieur de Saint-Victor est définiteur au chapitre
général de 1294, 1329, 1336, 1356, 1369, 1375, 1396, 1432,
1449 et 1459. Il est visiteur de l'abbaye de Cluny en 1383, 1385, 1397,
1429 et en 1432.
Les guerres féodales
du début du XIVe siècle dans la région
de Genève, particulièrement les conflits entre le comte de
Genève, le comte de Savoie et l'évêque, qui ont empêché
plus d'une fois les visiteurs de l'ordre de Cluny d'arriver j'usqu'à
Saint-Victor, n'ont pas vraiment distendu les liens entre Cluny et le prieuré
de Genève. C'est bien plutôt l'intervention des papes d'Avignon
dans les affaires de l'Ordre, qui menace l'indépendance de Cluny,
et surtout le Grand Schisme, où Clément VII, puis Benoît
XIII donnent le prieuré en commende à des séculiers
qui leur sont dévoués, qui favorisent les forces centrifuges
à Saint-Victor. En particulier à l'époque de Jean
de Brogny (prieur commendataire de 1399 à 1423), lavie religieuse
et matérielle du couvent est pitoyable, le prieur n'assiste pas
au Chapitre général, et les définiteurs de l'Ordres
décident même, le 16 avril 1402, d'écrire au comte
de Savoie pour qu'il prenne en main les revenus du prieuré afin
d'effectuer les réparations nécessaires.
Bien que ce genre
de mesure ait contribué efficacement à faire tomber Saint-Victor
dans la dépendance de la maison de Savoie, les choses s'améliorent
d'abord sous le priorat d'Amédée de Charansonnex (1424-1443),
véritable prieur conventuel, qui réside au prieuré
et assure la liaison avec Cluny et sous Jean de Grolée (1445-1459),
qui, bien que commndataire, est louéen 1454 par le Chapitre général
pour son administration.
En revanche les trois
prieurs commendataires issus de la famille Bonivard, Urbain (1458-1483)
Jean-Amé (1483-1514) et son neveu François (1514-1519), nommés
par le pape sur la recommanfation des ducs de Savoie à la clientèle
desquels ils appartenaient, n'ont eu que des relations épisodique
et plutôt mauvaises avec Cluny. Le 5 mai 1506, la pitance de truite
due par le prieuré Saint-Victor à l'abbaye de Cluny pour
le jour de Noël, qui n'est pas fournie ou qui arrive pourrie, est
remplacée par une redevance en argent de 10 livres tournois. Cet
acte, qui est le dernier document d'une relation entre Cluny et Saint-Victor,
montre bien la distance qui s'est établie entre les abbés
de Cluny et les prieurs de Saint-Victor.
Au début du
XVIe siècle, et à la veille de la Réforme, où
le prieuré devient, à cause de son prestige et de sa situation
aux portes de Genève,le jouet des luttes entre le duc de Savoie
et la communauté des citoyens, la relation avec Cluny paraît
totalement oubliée.Tandis que le pape, sur la recommandation du
duc de Savoie, attribue Saint-Victor à Leonardo Tornabuoni, évêque
de Borgo San Sepolcro, François Bonivard, qui l'a résigné
sous la contrainte et se juge dépouillé de son bien, s'adresse
en 1527 à l'évêque de Genève Pierre de La Baume,
qui a besoin d'appui, pour se faire restituer le prieuré. Ignorant
et Cluny et le pape, l'évêque recommande à la communauté
des bourgeois de remettre Bonivard en possession de son bénéfice.
Quant à Bonivard, il justifie les démarches qu'il a faites
pour récupérer Saint-Victor et les revenus du prieuré
par le "droit des gens ou humain", estimant en tant que vassal du duc de
Savoie avoir été victime d'un déni de justice, et
ajoute "Ce que je feiz et tant par ce droict comme aussi que anciennement
toute la terre de Sainct Victor estoit subjecte au prelat en droict royal,
aussi bien que Genève, sans recognoistre ny aux Contes de Genève
ny a ceulx de Savoye, mais ilz avoient usurpé dessus souveraineté",
ce qui est la négation même de l'appartenance à l'ordre
de Cluny.
pour la suite (La dotation de Saint-Victor)
source: Saint-Victor de Genève par Catherine Santschi (Btm 4994)